Airs de Paris Index du Forum

Introduction


Airs de Paris
est une exposition thématique réunissant arts plastiques, design et architecture, autour de certains thèmes relatifs aux évolutions de la ville contemporaine et de la vie urbaine, réflexion dont Paris sera le cas principal autant qu’exemplaire. Cette exposition ouvrira début avril 2007 à l’occasion de la célébration des trente ans du Centre Pompidou.

Nous avons décidé d’en accompagner la préparation par une réflexion pluridisciplinaire en ayant recours à un instrument novateur, un forum de discussion sur internet. C’est là une première pour le Centre Pompidou.

Nous avons confié à Elie During, philosophe, et Laurent Jeanpierre, sociologue, le soin d’orienter intellectuellement la structure de ce forum, de sélectionner les personnalités susceptibles d’enrichir le débat par des contributions de types très divers, et de l’animer au jour le jour pendant presque un an, jusqu’à l’ouverture de l’exposition.

Ce projet a une dimension expérimentale : il s’agit de susciter des connexions nouvelles entre recherche intellectuelle et projet curatorial en soutenant, à travers plusieurs formats possibles et dans la longue durée, une démarche collective articulant les dimensions théorique et créative, scientifique et artistique.


Les commissaires de l’exposition
Christine Macel et Valérie Guillaume

www.centrepompidou.fr/airsdeparis


Introductions aux thématiques par Elie During et Laurent Jeanpierre

Enquête

Nous avons lancé à l'occasion de l'exposition Airs de Paris une brève enquête par voie électronique auprès d’environ 120 artistes, architectes, urbanistes et chercheurs spécialisés dans les questions urbaines. Cette proposition entend modestement renouer avec la tradition des enquêtes conduites au siècle dernier par les revues artistiques aussi bien que par les musées.

Deux questions nous semblaient devoir être posées :

1. Quelles sont les transformations contemporaines les plus significatives du milieu urbain et de la construction architecturale ?
2. Quels sont les outils d’analyse, les concepts, les œuvres ou les techniques qui vous paraissent le mieux en tenir compte à l’heure actuelle ?

Les réponses peuvent, bien entendu, être de toute longueur et inclure des éléments de toute nature (texte, photographies, liens internet, etc.). Elles peuvent développer un point de vue général, ou se concentrer sur tel ou tel phénomène particulier.

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I. Formes et cartographies

Consciemment ou inconsciemment, la ville s’impose comme une grammaire, elle imprime ses formes à l’expérience. Strates historiques, agglomérations de tracés, de bâtiments, d’habitants, divisions sociales et distances spatiales découpent les univers métropolitains. Le plan, le guide, le circuit touristique les réduisent à quelques points ou parcours balisés. La ville vécue ou planifiée sont assorties de ces représentations analytiques, de cartes multiples en quête de territoires. Si les métropoles contemporaines s’étendent et s’éclatent, horizontalement et verticalement, peut-on se figurer encore leur centre et leurs périphéries ? Les images du réseau ou de l’étoile, d’espaces feuilletés à plusieurs dimensions diraient-elles mieux ce que devient la « ville globale » ? Quels que soient les modèles, savants ou spontanés, qui prétendent rendre compte de l’espace urbain, celui-ci continue à opposer les individus ou les classes ; ses accès sont restreints, réservés. Le ghetto, la banlieue, les « gated communities » sont des figures désormais connues de la ségrégation urbaine. D’autres frontières, moins visibles, moins tangibles, quadrillent la métropole et restent à montrer. Les dispositifs de contrôle ou de contention ont ainsi proliféré à mesure que s’intensifiait l’activité des grandes villes. Une telle tendance est-elle nécessaire, inéluctable ? Peut-on anticiper ce que sera demain la gouvernementalité métropolitaine ? Les séparations qu’opèrent la ville et ses représentations ne vont pas sans sutures spectaculaires, sans constructions d’une âme urbaine dont les lieux de mémoires, les monuments, les symboles, les mythes ou les légendes urbaines fournissent les éléments principaux. De sorte qu’il est convenu de se demander si les grandes villes occidentales ne connaissent pas une muséification croissante parallèle aux processus de « gentrification », lorsqu’elles ne se transforment pas en simples parcs d’attraction. Mais l’accumulation urbaine n’est pas seulement patrimoniale : la ville européenne produit ; en elle compose encore une multitude de circuits économiques. L’atelier, la boutique, le service semblent y supplanter l’industrie si bien que l’échelle des productions urbaines est peut-être en train de diminuer, là même où la métropole s’évase. Une géométrie de la glocalité – synthèse du global (des réseaux) et du local (des produits) – reste par conséquent à inventer…

Les thèmes de ce forum...

- Modèles
- Espace social
- Contrôle et régulation
- Archives, mythes, symboles, monuments
- Productions

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II. Usages et expérimentations

Éclatée ou étalée, disloquée ou globalisée, la ville se singularise par ses flux autant que par ses formes, par sa physiologie (rythmes, cycles, vitesses) autant que par sa morphologie. À l’usager des transports urbains elle offre un espace de circulation, et celui qui est de la ville ne la traverse pas comme celui qui va « en ville », ni comme celui qui la visite en touriste. Mais elle est aussi un espace de branchements, de connexions matérielles ou immatérielles par lesquels communiquent les lieux les plus hétérogènes. Zapping ou collage, vitesse ou chaos, quelle figure concrète de la ville s’invente dans cette superposition de parcours et de flux ? Quels espace-temps (continus, discontinus) viennent donner forme à l’expérience cinétique de la ville et à la quasi-ubiquité gagnée à l’usage des nouvelles technologies d’information ? Surtout, quelles pratiques créatives accompagnent ces évolutions ? Que reste-t-il, d’ailleurs, des pratiques d’appropriation subjective des espaces urbains ou de leurs interstices (flânerie, psychogéographie) ? Peut-on tenir un espace — un lieu, ou un « non-lieu » — en faisant autre chose que l’habiter, ou y travailler ? Peut-on y intervenir, lorsqu’on est architecte, autrement que pour édifier ou bâtir à neuf ? Qu’est-ce qu’un « geste » urbanistique ? Que signifie « prendre la rue », occuper un bâtiment ou un site, lorsqu’on est militant, artiste, SDF ou squatteur ou skater  ? Ces questions suggèrent un programme : envisager la ville comme terrain d’opérations pour libérer de nouveaux usages, de nouvelles manières de penser et de sentir.

Les thèmes de ce forum...

- Circulations
- Géographies subjectives
- Appropriations et détournements
- Interventions
- Nouvelles perceptions, nouveaux affects

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III. Échappées

Plusieurs problèmes échappent à la dialectique de la ville objective et de la ville subjective, des formes et des flux, de la carte et de l’usage. À moins qu’ils ne la traversent et touchent autant l’architecte que le métropolitain. Peut-on sortir de la ville ? Et comment ? La question n’a plus rien d’évident. Qui sait seulement pointer les limites de l’urbain ? Le néologisme de périurbanisation témoigne de cette difficulté à fixer le terme des zones urbaines ou des dépendances que leur développement entraîne. Où sont les interstices de la métropole ? Est-ce dans les plis de l’urbain que se dessinent les nouveaux mondes d’après la ville ? Celle-ci n’est plus seulement la réserve d’utopies qu’elle fut toujours mais peut-être le terrain d’une quête d’« espaces autres », parallèles, connectés, synchrones, déjà-là, ceux que Michel Foucault appelle des hétérotopies, «  des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels (…) sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. » Rien n’assure pourtant que lieux et espaces sont de simples équivalents. À quoi reconnaît-on un lieu ? Peut-on penser un lieu localement ? Voilà une question qui n’intrigue plus seulement les poètes, les philosophes ou les mathématiciens mais aussi les urbanistes. Organisateurs du milieu urbain, ceux-ci ont laissé peu à peu parler ses habitants ; le plan a laissé la place au « projet urbain ». Ces oppositions du lieu et de l’espace, du projet et du plan en sont-elles vraiment ? Et l’urbanité, le civisme, le passage et le lien vont-ils sauver la ville de son autodestruction prophétisée ? Il faut questionner ces catégories de l’espace public – un bien désormais au moins aussi sacré que la propriété privée.

Les thèmes de ce forum...

- Seuils, interstices, frontières, zones transitionnelles, périurbanisation
- Utopies, Hétérotopies
- Lieux ou espaces
- Projet ou plan
- Comment sortir de l’espace public ?

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IV. Éléments constituants

La ville se parle et s’écrit autant qu’elle se construit et s’habite. Il y a un langage et un lexique urbains, dont chacun croit connaître les rudiments : une rue, une place, un quartier, un bâtiment, un monument, un parc, un « espace public »… Ce B-A BA de la ville ancienne (qui conviendrait encore assez bien à un village) constitue notre langue commune. Correspond-t-il à la réalité de la ville contemporaine ? La rue par exemple : elle est l’évidence première de l’expérience urbaine, avant les édifices qui la bordent, à tel point que le plan de la ville se confond avec le plan de ses rues. Mais d’une époque à l’autre, qu’est-ce qui fait l’identité d’une rue ? Y a-t-il même encore des rues ? D’ailleurs, qui peut prétendre avoir accès à la réalité de la ville ? L’urbaniste qui parle de « projet urbain », le citadin qui s’oriente instinctivement à partir de ses « cartes mentales », ont-ils affaire au même objet ? Bien malin qui saurait le dire. Une chose est sûre : nulle idée de la ville, posée a priori, n’unifiera ces points de vue. Il faut revenir aux activités concrètes, aux pratiques, aux usages et à leurs points d’appui : tracés, découpages, dispositions matérialisées. Il faut retravailler les éléments constituants, les catégories du lexique urbain, quitte à les déplacer ou à les prendre en écharpe. Revenir donc à la trame, derrière les formes diversifiées du tissu urbain. Mais aussi, et en même temps : décrire la texture de la ville telle qu’elle se donne à vivre, en ressaisir la tonalité propre, la réalité terne ou bigarrée, à travers des coupes et des instantanés, des images et des textes, des reflets et des fragments de mémoire

Les thèmes de ce forum...

- Qu’est-ce qu’une rue ?
- Qu’est-ce qu’une place ?
- Qu’est-ce qu’un monument ?
- Qu’est-ce qu’un quartier ?

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